Johnny, La vie en rock, Frédéric Quinonero p.689-691
imprimerJohnny Hallyday a rendez-vous le mardi 4 novembre vers 17 heures au bar de l'hôtel Raphaël, avenue Kléber, avec l'écrivain et académicien Daniel Rondeau. Cette fois, la démarche est journalistique, pour le très sérieux quotidien Le Monde. Se référant à la récente autobiographie du rocker, écrite avec l'efficace collaboration de Gilles Lhôte et récemment publiée en trois volumes: Destroy, l'interview-vérité se poursuit pendant huit jours, au même endroit à la même heure, pour une publication le 7 janvier. Elle obtient l'effet escompté. Les confessions de Johnny surprennent. Probablement parce qu'il n'a pas donné l'habitude aux journalistes de s'épancher autant. Daniel Rondeau est un ami de longue date, une amitié curieuse entre cet ancien militant d'extrême gauche et un chanteur connu pour ses accointances à droite: « J'ai rencontré Johnny Hallyday au milieu des années 1970. Le temps qui passe a conforté nos liens improbables. J'ai écrit un livre [1] où je le racontais comme je l'avais toujours vu : une rock star, bien sûr, un homme extraordinairement surprenant, étrange parfois, bien loin de ses caricatures, et aussi un personnage majeur de notre roman national. C'est vers moi qu'il se tourne quand il veut parler. Privilège d'une amitié qui dure. » [2] L'ami écrivain sait forcer la carapace de l'homme timide, prudent, et l'amener avec délicatesse à aborder des thèmes essentiels : la vie, la mort, le bonheur, la solitude, ses vieux démons. « Je sais que le bonheur n'existe pas » dit Johnny. Il n'y a que la douleur. Et la solitude. J'en parle souvent parce que je ne peux parler que de ce que je connais. Quand je dis parler, c'est chanter. » Son métier : « Je sais que je ne peux pas vivre autrement que je vis, en chantant. Mon métier et ma vie sont intimement mélangés. Je suis un chanteur de rock'n'roll. Et je ne changerai pas. C'est ma sincérité jusqu'à en crever. L'impression d'être un survivant ne me quitte plus guère... Je suis comme ces grands malades qui ne luttent plus que pour ne pas mourir. » Mais c'est l'évocation de la drogue qui fait grand bruit. « La cocaïne, oui, j'en ai pris longtemps en tombant de mon lit le matin. Maintenant c'est fini. J'en prends pour travailler, pour relancer la machine, pour tenir le coup. […] Il n'y a pas à s'en vanter. Je n'en suis pas fier. C'est ainsi, c'est tout. Mais il faut bien savoir que nos chansons, on ne les sort pas forcément d'une pochette-surprise. »

Les réactions sont immédiates jusque dans la presse américaine où l'on s'étonne de tels aveux de la part d'une star de la chanson. L'association Act Up Paris applaudit l'honnêteté du chanteur, indiquant qu'« il n'est pas si fréquent qu'une personnalité témoigne publiquement des pratiques proscrites par la loi de 1970 » et estimant que son combat « contre une loi qui criminalise les usagers de drogue a tout à gagner de telles déclarations ». Véronique Sanson s'exprime à son tour dans un communiqué à l'AFP : « Johnny devait être bien triste, bien malheureux pour se confier ainsi. Quand on fait une telle démarche, c'est qu'on a besoin de dire quelque chose. C'est bien d'être sincère, et puis, Johnny, rien ne peut l'atteindre. » Un sondage publié dans l'hebdomadaire Gala révèle que 61% des français jugent le chanteur sympathique et que 30% le considèrent comme un grand artiste. En revanche, 94% des femmes interrogées ne souhaiteraient pas l'avoir pour époux ! « La sincérité absolue de cette confession m'a bouleversée, témoigne enfin Laeticia. Je connais tout des souffrances de mon mari et des démons qui le hantent régulièrement. Souvent, Johnny a des moments d'absence : les yeux perdus, embués, il est ailleurs, loin, loin, loin... il remonte dans son enfance. […] Johnny est un écorché vif qui a besoin de la chaleur d'une famille. Il compense le manque affectif qu'il a connu dans son passé en donnant tout ce qu'il a. C'est l'être le plus généreux que je connaisse. Je comprends que cet article à fleur de peau ait suscité tant de réactions positives. Pour le reste, il a eu le courage d'avouer ce que d'autres dissimulent. »[3]


[1] Johnny, NiL Éditions, Paris, 1999. En 1982, Daniel Rondeau d'était essayé également à une biographie imaginaire de Johnny, sous le titre L'Âge-déraison (Éditions du Seuil)

[2] Le journal du Dimanche, 5 septembre 2010

[3] Gala, N°240, 15 janvier 1998

Johnny, La vie en rock, Frédéric Quinonero p.689-691

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